Rina Banerjee expose ses sculptures et dessins au Musée Guimet du 22 mai au 13 juillet 2011

Dans le cadre de sa Saison Indienne, printemps-été 2011, le musée Guimet présente "Chimères de l’Inde et de l’Occident" , oeuvres contemporaines de l’artiste américaine d’origine indienne Rina Banerjee.

Installées au coeur des collections permanentes, les compositions hybrides et poétiques de Rina Banerjee entrent en résonance avec les oeuvres millénaires du musée. Déroulant jusqu’à nos jours les récits entremêlés de l’Histoire en cours, elles offrent l’occasion de porter un regard renouvelé sur les civilisations asiatiques et leurs relations complexes avec l’Occident.

Sculptures sensuelles mêlant coquillages, crânes d’animaux, plumes et étoffes indiennes; installations spectaculaires associant objets coloniaux et matériaux plastiques trouvés dans les rues de New York ; dessins oniriques aux couleurs exotiques mettant en scène la transe des corps… Déployées dans l’espace-temps singulier du musée, les oeuvres de Rina Banerjee y expriment – sans doute davantage que dans l’espace vierge de la galerie d’art – les ambiguïtés de sa double appartenance au monde occidental et oriental, les illusions héritées du passé et les "chimères" des temps nouveaux, les contradictions du monde post-colonial et l’envers de la mondialisation.

Au sein de murs chargés d’histoire, saturés de signes sociologiques et religieux, les oeuvres de Rina Banerjee révèlent, dans un panthéon de demi-dieux, de figures féminines à l’aspect guerrier et d’animaux fabuleux, la complexité du mixage des cultures et les incessantes luttes de pouvoirs des civilisations.

Née à Calcutta en 1963, Rina Banerjee quitte l’Inde avec sa famille pour l’Angleterre puis les Etats-Unis dans les années soixante. Ingénieur de formation, elle obtient un Master of Fine Arts de l’Université de Yale en 1995 et s’installe à New York, maintenant une relation étroite avec son pays d’origine au travers de réguliers séjours en Asie.

L’expérience singulière de Rina Banerjee informe une oeuvre inédite et syncrétique qui mêle mythologies et religions, anthropologie et conte de fées, exotisme et tourisme de masse. Remettant en question l’ordre du monde dans une explosion d’imagination et de matériaux, ce travail délicat mais menaçant donne naissance à des êtres en mutation, des créatures parfois monstrueuses, métaphores d’un monde en perpétuel devenir.

Après les expositions Chu Teh-Chun et Hung-Chih Peng (été 2009), puis Rashid Rana et Chen Zhen (été-automne 2010), " Chimères de l’Inde et de l’Occident" poursuit l’inscription ambitieuse du musée Guimet dans son projet scientifique et culturel de "La Fabrique contemporaine de l’art en Asie", à la croisée des regards entre patrimoine ancien et création actuelle.

Simultanément à son exposition au musée Guimet, Rina Banerjee montre depuis le  22 mai 2011 ses oeuvres les plus récentes à la Galerie Nathalie Obadia qui représente l’artiste depuis 2005.

 

  

Entretien avec Jacques Giès, Président du musée Guimet, commissaire de l’exposition

Pourquoi exposer l’art contemporain au musée Guimet ?

Pour la raison toute simple que le musée Guimet a vocation de traiter les arts et les civilisations d’Asie, que ces sujets sont nécessairement à envisager sur les longues périodes : depuis les "temps profonds" (révélés par les fouilles archéologiques) jusqu’au seuil de notre temps, voire, et c’est ici le projet ambitieux : notre temps même. J’ajoute que l’idée de confrontation (entre les oeuvres historiques et les créations, expressions, contemporaines), si elle peut naitre sous le regard du visiteur, n’est pas notre argument essentiel. C’est en cela que la présence, sous forme d’événements, de l’art contemporain à Guimet, se distingue de comparables présentations dans d’autres institutions muséales. Il s’agit pour nous de mettre un point final à l’Orientalisme – cette interprétation eurocentrique des cultures "autres", ici notamment, l’Asie, pour, modestement, nous ouvrir au "témoignage" de ce que les nations lointaines créent aujourd’hui sous le régime de l’Art.

Pourquoi une exposition Rina Banerjee au musée Guimet ?

La réponse sera brève en regard de ce qui précède : c’est une oeuvre d’aujourd’hui créée par une artiste de la diaspora indienne : le fil historique tiré jusqu’au présent – autrement dit, l’Inde, vivante, comme nous, est vivante dans les oeuvres patrimoniales des collections. C’est là l’intemporalité de l’Art. Maintenant, il est loisible à chacun de trouver des échos, selon sa culture indienne. Par exemple, ce fauteuil présenté dans la rotonde de la bibliothèque historique de Guimet : fauteuil du dossier duquel jaillit une trompe d’éléphant, attribut du dieu hindou Ganesha.Références multiples, notamment de la rencontre de l’Inde avec l’Occidentalisme, dans l’emprunt au fauteuil anglo-indien, ici mis en abîme en quelque sorte dans la grande mythologie indienne.

Quelle est l’oeuvre phare de cette exposition ?

Sans conteste celle que nous avons placée dès l’entrée des salles du musée "Take me, take me... to the palace of love". Le modèle gigantesque présenté en suspension du Taj Mahal d’Agra, réalisé en cellophane rose, l’exubérance joyeuse, proprement "jouissive" de cette installation, est assurément la plus sûre introduction à l’oeuvre de Rina Banerjee

Quelles sont les perspectives du musée Guimet dans le domaine contemporain ?

Exprimer l’art contemporain au musée Guimet – expressions vives des longues histoires culturelles, particulières à chacune des nations d’Asie –, forme l’un des volets primordiaux du nouveau projet scientifique et culturel défini à la fin de l’année 2008 et mis en oeuvre dès le printemps 2009, voici trois ans. Depuis, sept noms d’artistes contemporains couvrant un vaste horizon (Chine, Taïwan, Pakistan, Inde, Japon, Corée), ont été portés à la connaissance du public, que ce soit par des monographies, prenant place dans les salles muséales, ou par l’une de leurs oeuvres figurant au sein  d’une exposition patrimoniale.

 Sur quels critères de sélection s’appuie t-il pour définir son orientation concernant les expositions ?

 La toute récente exposition Costumes d’enfants, miroir des grands, tirait ce fil historique depuis les époques anciennes jusqu’aux variations sur le thème de cet important sujet artistique et sociologique.Un propos qui s’est vu enrichi grâce à la vision donnée par des artistes contemporains audacieux. Il s’agit bien entendu, pour chaque événement, de choix libres. Il n’est de principe ici que celui, croyonsnous, que ces choix soient ouverts sur le devenir de la création artistique. Et ce, dans le faisceau très étroit de l’événement, de sa juste perception autant que de la connaissance partielle que nous avons d’un phénomène aussi imposant. La modestie s’impose, surtout dans ce domaine où nous nous fixons de témoigner au plus près de ce que nous appelons "la fabrique contemporaine de l’art en Asie" .

 Rina Banerjee

Entretien avec Rina Banerjee, artiste plasticienne

Dans quelles mythologies ou  "influences"  puisez-vous votre inspiration ?

Je suis intéressée par toutes les mythologies, tous les récits qui parlent à la culture contemporaine et continuent de la façonner autour d’elles comme autant de graines d’où germent la fleur et le fruit. Nous vivons dans un monde contemporain, conscient des autres. A l’image des beautés endormies nous nous réveillerons pour partir à la recherche de l’intimité que nous avons tous toujours désirée et qui nous est nécessaire. Nous devons être prêts et ouverts pour voir la "ffamille entière des cultures humaines" se rencontrer et figurer ce moment, tendre vers elle comme si elle était la nourriture et le fruit qui les unies.Ceci génèrera beaucoup de défis, exigera de nous de la maturité. Nous ressemblons aux enfants ayant maintenant peur de trop savoir, un peu à l’image de leur appréhension du noir dans une pièce, quand nous craignons le lieu dans lequel nous devons pénétrer en raison de son obscurité. Des mythologies qui renferment aussi bien nos craintes que notre connaissance de la faiblesse et de la force de l’humain, nous permettant de refléter et d’envisager une frontière ouverte et résiliente, pour rejoindre l’humanité. Je ne suis pas tant intéressée par le fait de suivre une culture plus qu’une autre. Nous sommes capables de tellement mieux. Je ne suis pas intéressée par les seules mythologies des contes de fées, mais par le dialogue qui peut s’initier si nous les libérons de nos croyances. Si souvent reliées à un sentiment de nationalisme, nous nous en servons pour créer ou stabiliser des relations de pouvoir.

Citoyenne des mondes occidentaux et orientaux, artiste et scientifique, poète et plasticienne, vous incarnez une forme de laboratoire expérimental ouvert sur le monde, comment et pourquoi ?

Effectivement, je suis attirée par la compréhension des contradictions et leur assouplissement, par la création d’identités plus flexibles qui se verraient libérées des relations opposées comme : le féminin masculin, l’ouest et l’est, l’objet humain et l’objet vivant…Une vision formée sur la seule perception selon laquelle la différence n’est pas nécessaire, mais destructive. Notre survie dépend de notre capacité d’adaptation, point de départ de notre créativité, sans se borner à la seule mesure de nos différences mais à une prise de conscience perpétuelle de la signification de ce flux continu. Toujours de vaines espérances. Nous devrions tous être ouverts à de nouvelles relations qui peuvent guider nos mouvements. L’Est est à l’Ouest et l’Ouest est à l’Est. La Terre se déplace toujours sans prévenir parce qu’elle se meut intégralement dans l’univers, ainsi va le monde. Finalement, c’est un fait naturel que de s’obstiner à être curieux et désirer toujours que ce mouvement dépasse le champ de vision au-delà de la seule ligne d’horizon qui persiste, et, nous invite.

Qu’explore votre travail et que reflète votre oeuvre ? Quel message ou vision du monde souhaitez-vous partager ?

Il existe beaucoup de manières de voyager et de s’éloigner, quitter notre foyer et délaisser notre confort, ce qui nous met à l’aise et en quoi nous nous reconnaissons, qui nous est familier et croyons d’une façon devoir percevoir comme un art. Tous les aspects physiques, intellectuels et psychologiques du voyage sont importants parce que les juxtapositions que nous pouvons en faire, permettront l’introduction de la nouveauté. L’observation de ce qui nous est peu familier nous force à reconsidérer, éprouver notre mobilité, un élément essentiel et capital du processus de croissance nécessaire à une maturation finale. J’importe cette idée dans mon travail et dans l’art, par la concentration d’objets couplés à un langage visuel des matières, qui considèrent le monde dans sa pluralité, son ensemble. Ces objets et matières créent un échange, nous livrent aux différentes cultures à la manière d’un échange commercial continu, forçant même au dialogue les ennemis. Cet échange commercial est vertueux quand il peut libérer l’humain de son désir habituel de défiance à l’égard de la différence et quand il peut enflammer la curiosité naturelle des uns envers les autres. En fin de compte les transformations qui peuvent s’opérer deviennent des terres d’accueil au voyage, un seuil où les collisions entre des significations différentes attachées à un objet peuvent bifurquer et trouver un nouveau foyer, un nouvel emplacement. Mon art prend sa forme en agrégeant des parapluies chinois mis en scène conjointement à des instruments de musique africains, des meubles anciens, des produits naturels, d’autres faits-main et manufacturés, des souvenirs ethnographiques, des objets, du mobilier européen, des ornements sacrés ou des objets quotidiens mêlant l’industrie de la mode à celle du tourisme, des monuments architecturaux, l’absurde et le sérieux pour forcer une sortie soudaine sur le rire. Tout ceci alimenterait le flux de toutes les rivières créant un delta culturel riche, qui de sa magie, provoquerait le grand saut acrobatique en la foi humaine.

Quels sont vos prochains projets ?

Je voudrais réaliser des oeuvres qui puissent être exposées en extérieur ... dans des environnements naturels, des lieux urbains, des commerces, des jardins, des aéroports, des métros, des espaces où les gens se sentent vulnérables, exposés. La rupture et la différence se rencontrent, mais elles sont anticipées…

Biographie de Rina Banerjee

L’artiste Rina Banerjee, née en Inde, vit et travaille à New York. Elle a une prédilection pour la richesse des matériaux : textiles et articles vestimentaires indiens traditionnels, objets et ameublement de style colonial, éléments architecturaux du patrimoine indien. Sous leur déguisement, ces matériaux s’intègrent à une oeuvre polymorphe qu’ils animent, sans dissimuler pour autant leur identité. Les sculptures et dessins, les peintures et vidéos de Rina Banerjee sont l’aboutissement d’un syncrétisme culturel servi depuis toujours par une imagination des plus fécondes. Son oeuvre, explique-t-elle, explore diverses périodes coloniales du subcontinent et dresse la carte des étapes complexes d’une diaspora indienne réinventée, identifiée et située géographiquement.

Rina Banerjee est née à Calcutta en 1963. Elle émigra très tôt avec sa famille, en Angleterre d’abord, puis aux Etats-Unis. En 1993, elle obtient un diplôme (B.A. en ingénierie des polymères) à l’Université Case Western, puis accepte un poste de consultant chercheur dans le domaine des polymères que lui offre l’Université d’Etat de Pennsylvanie. Elle y travaille successivement pour le compte de Dow Chemical, la Nasa et d’autres institutions, mais peu après, abandonne la recherche scientifique pour se consacrer pleinement à sa vocation créatrice. En 1995, elle est diplômée de l’Université de Yale, section beaux-arts où son Masters of Arts est assorti de distinctions prestigieuses glanées aux universités d’été de Skowhegan et Norfolk, satellites de Yale.

Rina Banerjee a grandi dans des sites urbains, au milieu de cultures et de races différentes et l’ampleur de sa vision créatrice est nourrie de cette expérience riche en couleurs. Cet amour des matières, textiles et textures diverses se traduit par la mixité des médiums d’une oeuvre où s’alignent des objets aussi disparates que des crocodiles empaillés, des berceaux en bois, des arêtes de poisson, des oeufs d’autruche, des ampoules électriques, des flacons taillés dans l’ambre. Mais parfois aussi, ces " objets trouvés" (ou retrouvés) se nichent ensemble, à l’intérieur de parapluies, sous un amas de plumes : réminiscences d’une culture populaire et vestiges de hautes civilisations, tels panaches enrubannés et accessoires décoratifs anciens (tapis), et images pieuses de cultes religieux divers. L’intérêt de Rina Banerjee pour le rôle des cultures, des mythologies, des contes populaires, de l’anthropologie et de l’ethnographie est d’autant plus vif que notre époque est celle de la dispersion des identités raciales (dilution aussi des identités nationales) conséquence de la mobilité du tourisme, de l’attractivité de l’exotisme désormais à portée de main et de la mondialisation. Notre accès chaque jour plus aisé aux technologies de l’information alimente nos désirs impatients de voyages déjà très fréquents, ouvrant par là des brèches dans nos frontières. Notre conception de l’espace a perdu les tracés de la cartographie d’autrefois au profit d’une vision planétaire indifférenciée, derrière laquelle s’estompe, irréversiblement, l’idiosyncrasie ou riche singularité de cultures jadis dominantes.

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