Pérou : le Machu Picchu menacé par un projet d’aéroport

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La construction d’un gigantesque aéroport international entre Cuzco,ancienne capitale de l’empire Inca et le Machu Picchu menace l’écosystème de la région et le fameux site archéologique. Ce débat a débuté il y a plus de 30 années mais il est remis à l'ordre du jour  en 2013 et sur le point de voir le jour. L'état a acheté près de 350 hectares de terres et un appel d'offre lancé afin de connaitre qui exploitera les lieux durant 40 ans à venir. Plus de 20 entreprises nationales et étrangères planchent sur ce concours dont 3 entreprises françaises. 

L’emplacement retenu est la plaine de Chinchero - sur la route reliant Cuzco 7e ville du Pérou et comptant 440 000 habitants au Machu Picchu. La plaine  se trouve à plus de 3 700 mètres d'altitude située au coeur des Andres et est entourée par une couronne de montagnes sacrées, les Apus, vénérées par les Incas. En amont, la ville du même nom, joyau d’architecture incaïque et coloniale, domine le site. Les communautés autochtones  conservent jusqu’à ce jour leurs traditions remontant à plusieurs siècles, vivant de la culture de la pomme de terre et d’un haut degré de maîtrise des tissages. Ce futur aéroport serait  aussi grand que l'aérport de Lima capitale du Pérou. Cet aéroport  comprenant une piste de 4 km devrait fonctionner 24h/24 et 7j/7 pour remplacer l’actuelle infrastructure à Cuzco située au centre de la ville estimé trop dangereux et obsolète.Si le calendrier est respecté, les travaux débuteront dès 2014 pour se terminer en 2018 afin d'être opérationnel. L'état a prévu un investissement de plus de 460 millons de dollars soit environ 340 millions d'euros.

Machu picchu

 Machu Picchu

 

Olltanta Humala président de la répubique du Pérou a fait du nouvel aérport un porte drapeau pour le développement du secteur du tourisme. Pour mémoire après son élection en août 2012, Ollanta Humala avait promulgué une loi autorisant la construction de cet aéroport et avait déclaré à l'époque " Cuzco mérite un aéroport, Cuzco a droit au développement". D'après les prévisions et estimations officielles ce sont 5 millions de passagers qui emprunteront l'aéroport en 2025 contre 2 millions à ce jour. Les retombées économiques sont évaluées à 5 milliards de dollars par années soit environ 3, 5 milliards d'euros. Depuis le début des années 2000 le taux de croissance est de 6% par an. Ce sont les prestataires internationaux et les investisseurs étrangers qui contrôlent le secteur du tourisme à Cuzco ainsi que les plus grandes familles de Lima, capitale du Pérou. D'après un rapport ce sont entre 20% et 25% des entreprises de tourisme dans le coeur de la ville qui sont détenues par les nationaux. Actuellement le prix au m² est de 5 à 300 dollars soit de l'ordre de 3,5 à 200 euros. Le gouvernement du Pérou met en avant la création de plusieurs centaines d'emplois. 

La région pourra-t-elle supporter un tel afflux touristique alors que le site du Machu Picchu - principale attraction touristique - est déjà saturé ? Le sanctuaire a été inscrit au patromoine mondial de l'UNESCO en 1983, il y a 20 ans et  peut accueillir un maximum de 2 500 touristes quotidiennenent imposée par l'UNESCO afin de ne pas mettre en danger le site.  Nous avons contacté Daniel Maravi, directeur régional du développement économique de Cuzco qui a précisé "Le Machu Picchu va devoir s’adapter. Trois fois plus de personnes pourraient y avoir accès chaque jour ". Pas sur que cette déclaration convienne à l'UNESCO ! qui a toute possibilité de désincrire le site de la liste du patrimoine mondial mais cela demande des années au regard de la procédure car enfin il faudrait étudier si l'aéroport est négatif au site. Pour sa part César Moreno Triano éminent spécialitste du patrimoine mondial de l'UNESCO pense que le Pérou ne veut pas perdre cette inscription car un site déclassé attire moins de touristes. 

Un groupement de paysans de Chinchero demande que les droits des populations autochtones soient respectés. Au Pérou, il existe une loi dite de "consultation anticipée"qui se fonde sur la convention n°169 de l’organisation internationale du travail. -OIT- reconnaissant  le droit des populations indigènes à être consultées avant la réalisation d’un projet pouvant affecter leur "identité culturelle, qualité de vie -développement ".  Ce sont plus de 100 familles qui ont leur maison sur le tracé de cet aéroport et près de 200 familles qui y possèdent de terres agricoles. L'état du Péou estime à 20 dollars  soit environ 14,5 euros par m² les terrains agricoles, soit une petite miette !

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