Confiance

Il n'aura échappé à personne le recadrage du président de la République française aux Armées, le jeudi 13 juillet 2017 à l'hôtel de Brienne, 14 rue Saint Dominique à Paris 75 007, en raison de la diminution du budget du ministère de la défense à hauteur de 850 millions d'euros. 

Le général d'armée Pierre de Villiers avait répondu a une audition de la commission de la défense de l'Assemblée nationale quelques jours avant. Ceux qui connaissent bien le général d'armée Pierre de Villiers savent qu'il est direct dans ses propos et ne passe pas par quatre chemins pour que tout le monde comprenne bien ! Avec lui le message est clair.

Devant la commission de la défense de l'Assemblée nationale, le général Pierre de Villiers a lancé aux députés " Je ne vais pas me faire baiser comme çà"  suite à l'annonce de la coupe de 850 millions d'euros en 2017 pour le budget des armées. Un député de la commission a rapporté " le verbe du général est clair, passionné et ferme".

Le général de Villiers a poursuivi "je ne pourrai plus regarder mes gars dans les yeux si on réduit encore nos moyens" ajoutant "on a déjà tout donné, tout donné" et précisant "beaucoup de jeunes sous-officiers n'arrivent même plus à se loger"

Par décret en date du 30 juin 2017 et publié au journal officiel le 12 juillet 2017, le général de Villiers reconduit dans ses fonctions jusqu'en juillet 2018 a souligné face aux députés "le ministère de la défense a été la principale victime des politiques de révision générales des politiques publiques"

Le général a écrit dans sa rubrique "lettres à un jeune engagé"...

De villiers

 

Mon cher camarade,

"Confiance, confiance encore, confiance toujours !". C’est par ces mots que le général Delestraint conclut ses adieux à ses compagnons d’armes, au mois de juillet 1940, à Caylus. Alors même que la défaite est actée, son discours est une exhortation ferme à rejeter toute " mentalité de chien battu ou d’esclave".

Quelques mois plus tard, conformant ses actes à ses paroles, il prend la tête de l’Armée secrète. Arrêté, torturé puis déporté, il meurt au camp de Dachau, le 19 avril 1945, moins de trois semaines avant la victoire, dont il a été l’un des artisans les plus actifs.

Ce qui m’a toujours frappé dans cette recommandation du général Delestraint, c’est d’abord ce qu’il ne dit pas. Il ne dit ni "en qui", ni "en quoi" avoir confiance. A ses yeux, le plus important est, avant tout, cet état d’esprit singulier - cet "optimisme de volonté" - qui  choisit de voir la plus infime parcelle de lumière au cœur des ténèbres les plus noires.

La confiance, c’est le refus de la résignation. C’est le contraire du fatalisme, l’antithèse du défaitisme. Et, en même temps, il y a dans la confiance une forme d’abandon. Agir sans s’abandonner, c’est faire preuve d’orgueil. S’abandonner sans agir, c’est se laisser aller.

Choisissons, donc, d’agir comme si tout dépendait de nous, mais sachons reconnaître que tel n’est pas le cas. Autrement dit, si toute notre foi, tout notre engagement et notre détermination sont nécessaires, ils sont à jamais insuffisants pour envisager la victoire. La vraie confiance réconcilie confiance en soi et confiance en l’autre.

La confiance en soi, d’abord. Vertu essentielle qui se construit dès l’enfance. Vertu qui naît des obstacles surmontés. C’est le cas dans les stages d’aguerrissement, que certains d’entre vous ont vécus. Ils vous révèlent vos capacités réelles qui dépassent, de beaucoup, ce que vous auriez pu imaginer. La confiance en soi est un moteur. Elle libère les énergies et encourage à l’action. Les fausses excuses tombent. Tout ce dont je suis capable devient possible !

La confiance dans l’autre, ensuite. Celle par laquelle je reconnais que je ne peux pas tout ; que le salut passe autant par mon camarade, mon chef, mon subordonné que par moi-même. Par cette confiance, je m’assume dépendant. Cette reconnaissance est le ciment de nos armées. La confiance mutuelle fait notre unité, en même temps que notre assurance. C’est elle qui fait dire au capitaine de Borelli, considérant ses légionnaires : "Par où pourrions-nous bien ne pas pouvoir passer ?".

La confiance dans le subordonné est, particulièrement, féconde. On a pris l’habitude de lui donner un nom savant : la subsidiarité ; mais ça ne change rien. Comme chef d’état-major des armées, je mesure chaque jour davantage à quel point je suis dépendant de l’action de chacune et de chacun d’entre vous. Seul, je ne peux rien. Ensemble, rien n’est impossible !

Je terminerai par une recommandation. Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte.

Une fois n'est pas coutume, je réserve le sujet de ma prochaine lettre.

Fraternellement,

Général d’armée Pierre de Villiers  - Chef d'Etat-major des armées de la France 

Le 14 juillet 2017

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