Syrie : réunion de la Ligue Arabe

syrie.gifLe samedi 12 novembre 2011 la Ligue Arabe se réunit au Caire pour tenter de trouver une issue à la crise syrienne qui pourrait franchir un nouveau pallier si Bachar el-Assad refuse d’abdiquer.

Le président syrien se trouve actuellement dans une position complexe. La poursuite de la répression après la signature de l’accord de paix, qui prévoyait la cessation des violences, a en effet décrédibilisé le régime syrien auprès de ses partenaires arabes. Le conseil national syrien -CNS- a dénoncé la violation de l’'accord et réclame une protection internationale contre les forces de sécurité du régime. Ces dernières sont particulièrement actives dans le centre du pays, notamment à Homs où opèrent les bataillons de l’'armée syrienne libre -ASL-, force dissidente formée le 29 juillet  2011 et dont l’'objectif est le renversement du régime de Bachar el-Assad. Cette armée, composée majoritairement de soldats séditieux sunnites auparavant écartés des hauts postes de commandement, chasse gardée des Alaouites, a tout intérêt à la chute du régime. Celle-ci est renforcée par un mouvement de contestation social composé des populations locales défavorisées, non épargnées par la politique économique du pays. 

L'’origine de la crise syrienne repose avant tout sur une contestation sociale d’'ampleur qui a ensuite été récupérée par un certain nombre d'’opposants au régime -les Frères Musulman-pour radicaliser le mouvement. Ainsi, la réalité du conflit syrien réside dans l'’amalgame, volontairement répandu par la propagande de l'’opposition, entre la répression illégale d’'un mouvement de protestation pacifique – composé de citoyens en colère, de jeunes activistes et de militants de l’'opposition, et la défense légitime d’une armée régulière contre une force putschiste.

L’'accord signé entre Bachar-el Assad et la Ligue Arabe permettait d'’un côté au régime syrien de gagner du temps en intensifiant ses assauts contre l’'ASL, et d’un autre côté aux membres de l'’opposition de décrédibiliser le régime en dénonçant la répression des troupes syriennes à l'’encontre de civils. 

L'’absence de journalistes étrangers et d’'observateurs internationaux permet en outre d'’accroître la guerre informationnelle entre le régime et le CNS. Ce dernier a lancé hier une vaste campagne diplomatique auprès des pays arabes pour réclamer que des mesures sévères soient prises contre Damas. Le gouvernement syrien profite également de cette carence de l'’information pour dénoncer un complot fomenté par des puissances étrangères, accusant ouvertement les Etats-Unis d’'ingérence dans les affaires intérieures du pays, après que Washington ait appelé Bachar el-Assad à démissionner pour le non respect de l’'accord de paix. 

Alors qu’'un consensus semble se profiler pour que le "régime change" intervienne en Syrie – plusieurs dirigeants arabes auraient en effet proposé d'’offrir l'’asile politique à Bachar el-Assad en échange de sa démission – le refus d'’Assad pourrait engendrer le déclenchement d’'une guerre civile qui pourrait impacter la stabilité de la région. La Syrie dispose d’une véritable capacité de nuisance, au Liban et en Israël notamment, qui rend la question d’une intervention militaire particulièrement délicate.

Par ailleurs, le puzzle confessionnel syrien ne joue pas en faveur d’une opposition politique unifiée et Bachar el-Assad pourrait être amené à diviser le CNS en jouant sur la fracture communautaire. Le régime a par exemple largement épargné les Kurdes, dont l’'influence reste redoutée, et a accédé à plusieurs de leurs demandes en échange de leur neutralité dans le conflit. En outre, Bachar el-Assad accentue également la menace islamiste en adoptant une rhétorique privilégiant une lecture purement confessionnelle du conflit, et qui provoque des dissensions au sein de l'’opposition, dominée par les Frères Musulmans, qui s'’inquiètent de l’émergence d’une dictature sunnite islamiste dans la Syrie post-Assad. 

Ainsi, la réunion de la Ligue Arabe prévue ce samedi 12 novembre 2011, pourrait être décisive pour l’'avenir de la Syrie. Le régime aura le choix entre céder le pouvoir pour préserver la stabilité du pays ou s’'accrocher à ce dernier, au risque de déclencher d’'une véritable guerre civile préjudiciable au reste de la région.

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