Liban : vives tensions communautaires

Vives tensions communautaires au Liban

 

Les débats sur la nature et les décisions prochaines du tribunal international chargé d’enquêter sur la mort de l’ancien premier ministre, Rafic Hariri, suscitent de fortes tensions communautaires et font craindre l’éclatement d’une nouvelle guerre civile. Le sujet, qui concerne également à des degrés divers la Syrie, Israël et l’Iran, dépasse le cadre strictement libanais et pourrait potentiellement avoir des répercussions importantes au niveau régional.

 

Le tribunal spécial pour le Liban -TSL-, créé en 2007 sur décision du conseil de sécurité des Nations-unies, poursuit actuellement son enquête sur l’attentat à la voiture piégée ayant tué M. Hariri et 22 autres personnes à Beyrouth le 14 février 2005. Cette instance, qui avait été conçue dans l’objectif de rendre un jugement indépendant et reconnu comme tel par l’ensemble de la population libanaise, devrait rendre publics ses premiers chefs d’inculpation avant la fin de l’année. A mesure qu’approche la date d’émission des actes d’accusation, les tensions s’accentuent entre les différentes communautés, notamment sunnites et chiites. Selon des sources proches du dossier, des militants du Hezbollah pourraient être cités par le TSL en relation avec l’attentat. L’organisation chiite, qui fait à la fois office de parti politique et de groupe armé et dont le poids politique s’est considérablement accru depuis plusieurs années, dément toute implication et ne reconnaît pas la légitimité d’un tribunal qu’elle accuse de vouloir diviser les libanais. Elle a d’ores et déjà annoncé que toute mention de son nom par l’instance internationale menacerait gravement la stabilité du pays et multiplie les démonstrations de force, laissant craindre une reprise des violences entre chiites et sunnites.

En effet, le TSL divise profondément les différentes communautés libanaises. Ses partisans, sunnites principalement, comptent sur lui pour éclairer les responsabilités de l’attentat du 14 février 2005 et montrer que les assassinats politiques, fréquents dans l’Histoire du pays, ne peuvent désormais plus rester impunis. En revanche, ses détracteurs, au sein de la communauté chiite mais aussi chez les chrétiens druzes et maronites, voient en lui un facteur de division menaçant la paix sociale, la stabilité et le développement économique fragilement maintenus depuis deux ans.

Le travail du TSL concerne également certains voisins du Liban, conférant au sujet une portée régionale. Le premier ministre libanais, Saad Hariri, sunnite et le fils du chef de gouvernement assassiné, a récemment dédouané la Syrie de tout lien avec les faits, alors qu’il l’avait auparavant accusée d’être l’instigatrice de l’attentat. En dépit de ce signe d’apaisement, Damas, un allié stratégique de l’Iran et du Hezbollah dans la région, a émis dimanche dernier plus d’une trentaine de mandats d’arrêt visant des personnalités, libanaises sunnites majoritairement, soupçonnées d’avoir produit de faux témoignages impliquant le pays dans l’attaque. Cette décision a eu pour conséquence de provoquer un nouveau raidissement des relations diplomatiques entre les deux voisins. Une reprise des affrontements entre Israël et le Hezbollah dans le sud du pays ne peut quant à elle pas être exclue, l’organisation chiite soupçonnant l’état hébreu d’avoir infiltré le TSL afin de l’incriminer. Dans ce contexte, la visite officielle les 13 et 14 octobre 2010 au Liban du président iranien Mahmoud Ahmadinejad sera placée sous haute surveillance et pourrait accélérer les développements en cours : la république islamique est à la fois l’allié majeur du Hezbollah et la principale menace stratégique pour Israël.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Groupe EUPHRATE : Conseils en Affaires - Stratégie de communication