Journée mondiale de l’alimentation 2010
Les paradoxes et incohérences du système alimentaire actuel
La condition d’assurer une meilleure sécurité alimentaire
La FAO et les ONG nous alertent sur les difficultés à atteindre les objectifs de développement en 2015 avec toujours près de un milliard de personnes qui souffrent de malnutrition dans le monde. Le dernier rapport de l’ONU estime qu’un enfant meure de faim toutes les 6 seconde et que 882 millions de personnes ont moins de 2.100 calories/jour pour vivre en 2010. Si nous n’accentuons pas nos efforts, elles seraient encore 874 millions en 2020 !
Alors que la situation s’améliore sans cesse en Amérique du Sud et en Asie, en particulier en Chine, elle continuerait à se dégrader en Afrique sub-saharienne qui compterait alors la majorité des personnes souffrant de la faim malgré toutes les aides humanitaires apportées. C’est la démonstration que la sous-nutrition est d’abord une question de développement.
Simultanément, dans les pays les plus développés, l’obésité est devenue une véritable épidémie. Elle est pointée du doigt par les médias parce qu’il est facile d’illustrer sa progression. Il existe également un autre phénomène moins spectaculaire : la malnutrition qui dégrade fortement la santé des grands seniors. Selon l’association britannique Bapen, ils seraient entre 30 et 42% à être mal nourris, 40% des malades anglais étant mal nourris lors de leur admission à l’hôpital. Des études estiment que leur malnutrition coûte 7,5 milliards £ au système de santé anglais et 9 milliards €uros à celui d’Allemagne.
La flambée du prix du blé sur les marchés internationaux réactualise la question de la spéculation sur les produits agricoles. Les entreprises agroalimentaires travaillent avec une marge d’exploitation modeste. Il est donc impératif pour elles de s’arbitrer sur les marchés pour s’assurer contre les fluctuations de prix pour laisser aux spéculateurs prendre les risques financiers liés aux pénuries possibles. Cette nécessité explique le lancement en 2010 d’un marché européen à terme pour la poudre de lait. Par contre, si les prix des produits agricoles locaux africains fluctuent beaucoup moins, le coût de leur transport est souvent exorbitant du fait des infrastructures défectueuses.
Par ailleurs, les pertes sont nombreuses à tous les échelons de la chaine alimentaire. On les constate dès le stockage primaire : 10% des céréales collectées en Inde pourrissent ou nourrissent les charançons, rongeurs et autres nuisibles ; cette proportion est encore plus importante dans les stocks paysans traditionnels. Les pertes lors du transport peuvent être bien pires : jusqu’à ¾ des bananes congolaises sont perdues durant le transport avant d’arriver sur les marchés de Kinshasa. A l’autre bout de la chaine, 25 à 30% des produits alimentaires achetés terminent comme déchets dans les poubelles des grandes agglomérations européennes et des USA.
Pour améliorer la sécurité alimentaire des pays les moins avancés, on préconise surtout de développer la production agricole locale. Il est vrai que la majorité des pauvres vit dans les zones rurales et que l’amélioration de leurs conditions de vie ralentit leur migration vers les banlieues urbaines. La relance des investissements dans l’agriculture est donc indispensable.
Mais, si on veut aller au-delà de l’autoconsommation paysanne et alimenter toute la population, l’expérience des pays développés démontre que l’accroissement de la production agricole n’est durable que si toute la chaine alimentaire, depuis les producteurs jusqu’aux structures de distribution et de restauration sont organisés. Le comité de la sécurité alimentaire mondiale doit donc aller au-delà de la promotion d’une production agricole accrue et rechercher les moyens de développer l’ensemble des structures de collecte, stockage, transport, transformation et conditionnement. Les responsables politiques doivent promouvoir une chaine alimentaire performante et homogène, sans maillon faible, condition pour assurer la sécurité alimentaire de tous. Les entreprises agroalimentaires ont, dans ce cadre, une responsabilité à assumer en imaginant des solutions adaptées aux besoins de toutes les populations.
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